Une fable moderne

Publié le par Béatrice

 

Voici un modeste texte à la manière de Jean de La Fontaine. Il m'a été inspiré par une situation d'injustice que je vis actuellement :


Une hyène arpentait un salon de discussion
Tout bleu. D'un chanteur elle avait la passion. 
Elle fréquentait une vipère, un scorpion et bien d'autres rampants
Nuisibles et répugnants.
Une anguille s'était depuis longtemps engagée
A apporter confort et protection
Aux habitués décidément nombreux
De cet admirable salon.
Parmi ces habitués, force moutons et autres boeufs
Suivaient en fermant bien les yeux :
La hyène et la vipère les avaient bien dressés
Et rien ne les choquait plus que la vérité.
En échange de leur obéissance,
Ils recevaient des récompenses.

La hyène un jour alla trop loin.
Elle humilia publiquement un cheval noble et droit
Qui ne demandait rien mais qui passait par là.
Elle riait, se moquait, se gaussait tant et bien
Que tous la suivirent, que tous s'esclaffèrent.
La vipère bien cachée admirait l'incident
Se réjouissant du mal qu'on pouvait faire,
Mais ne commentait rien, c'était bien plus prudent.

Le scorpion, le dard plein de venin et les yeux pleins de haine
Attisait bien le feu sans véritable peine
Rire d'autrui, quelle joie, quel plaisir, quel bonheur !

Une punaise vint encourager la hyène
Pavoisant avec elle, fortes de leur "bon droit",
Respectables, admirées et tellement respectées.
Le cheval exigea l'intervention du Roi
Afin de condamner les fâcheux, les moqueurs.
Il était innocent, il ne comprenait pas
Pourquoi tous ces vauriens bafouaient son honneur.
Mais le Lion souverain préféra s'éloigner.
Sa sieste n'était pas terminée, il n'en avait que faire
De broutilles, d'incidents si légers, sans valeur.

L'anguille se retrouva mêlée à ces débats.
Elle prétendit d'abord qu'elle seconderait
Le cheval, le plaignant, ainsi que ses amis
Dont la hyène sans scrupules avait médit aussi.
Mais l'anguille s'esquiva, c'est ce qu'elle fait de mieux.
Les victimes essayèrent en vain de lui montrer
Qu'en laissant tout se dire elle donnait son accord
Aux pires phrases, aux pires mots qu'on avait prononcés.
L'anguille se faufila et fut vite hors d'atteinte.
Elle ne voulait plus écouter toutes ces plaintes
Qui l'agaçaient prodigieusement.
Elle s'écarta donc.
La hyène, la vipère, la punaise et consorts
Se sentirent soulagés, blanchis de tous leurs torts.
Ils reprirent leur chemin comme si de rien n'était.
Un âne fort bavard en fut tout satisfait.
Les moutons et les boeufs bien neutres étaient restés,
Et les yeux bien fermés ils purent continuer
A écouter la hyène, à louer la vipère
Même dans ses pires vices.
Le scorpion quant à lui rejoignit ses compères
Et cru se racheter une bonne conscience.
Le cheval pour sa part réclama la justice, il était dans son droit.
Il ne renonça pas malgré tous les coups bas. 
Il n'y a pire aveugle que celui qui refuse de voir
Mais un jour ou l'autre les justes obtiennent reconnaissance.

Publié dans Coups de gueule

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