Esprit tordu !

Publié le par Béatrice

Et si j'étais la seule au monde à penser ce que je pense, à ressentir les choses comme je les ressens ? C'est une question qui me traverse l'esprit de temps en temps. On se trouve des points communs avec des gens mais ces points communs signfient-ils qu'on voit les choses de la même façon ? Et comme j'ai souvent tendance à considérer que tout le monde pense comme moi, en particulier les gens qui me sont proches, il peut m'arriver de me faire des idées sur certaines choses... de faire des déductions totalement farfelues, juste parce que je m'imagine qu'une personne agit ou réfléchit comme moi. Or, quelquefois pas du tout !

 

Je vais chercher midi à quatorze heures, j'analyse tout, j'examine chaque petit détail d'une conversation et j'en tire des conclusions aussi définitives que ridicules souvent. Je vois des révélations là où il n'y a qu'un mot lancé par hasard, je devine des sous-entendus partout même quand il n'y en a aucun, je m'inquiète d'un silence, je m'angoisse d'un non-dit. Et je refais le film, encore et encore. Je réécoute la conversation, je revois la scène et je tire des plans sur toutes les comètes possibles. C'est simplement parce que pour moi tel mot ne peut que correspondre à tel sentiment, tel silence à telle déception. Je me dis que j'aurais dû faire ci ou faire ça afin que l'autre personne ne réagisse pas comme elle a réagi. Je crois lire dans ses pensées tout le mal qu'elle pense de moi parce que j'ai raté quelque chose qu'il n'aurait pas fallu rater. Et je me dis que c'est fini et qu'elle ne voudra jamais me revoir. Je lui trouve des arguments, des raisons, des prétextes même... je l'entends déjà me les balancer ou bien je me dis que son silence sera tellement définitif que je comprendrais que tout est terminé. J'essaie de m'en convaincre comme si ça me permettait de moins souffrir si un jour ça devait arriver... en me disant "Tu savais bien que c'était inévitable..." et pourtant, je crève de peur à l'idée que ça arrive.

Et pourtant, il arrive que les gens n'aient même pas remarqué le petit détail qui, moi, me travaille jour et nuit. Ils n'ont pas imaginé se fâcher avec moi car ils n'ont rien vu de négatif dans mon attitude ou mes propos. Ils reviennent, naturellement, et je fais comme si de rien n'était, comme si je n'avais pas vécu les angoisses que j'ai endurées quelques jours ou quelques mois. Je suis incapable de leur dire ce que je ressens parce que ce serait leur avouer que je ne leur fais pas complètement confiance, ce serait leur révéler que j'imagine qu'ils peuvent me trahir ou m'abandonner alors qu'ils n'ont finalement rien fait qui justifie ce que je ressens. Mais justement, pourquoi suis-je incapable de leur faire confiance ? Pourquoi faut-il toujours que j'imagine les pires choses ? Pourquoi ne puis-je pas concevoir que peut-être je suis la seule au monde à être comme je suis, que les autres ne fonctionnent pas comme moi et qu'une fois pour toutes, je ne suis pas dans leur tête ?

Publié dans Lettres d' être

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article