L'arme blanche

Publié le par Béatrice

Une phrase atrocement banale qui touche au but. Elle n'est même pas recherchée, les mots sont affreusement quotidiens mais, pas besoin d'une dague précieuse pour commettre un meurtre, un couteau de cuisine fait bien l'affaire. Bien pointu, bien aiguisé il transperce comme un rien et s'enfonce au plus profond... Le coup est puissant, le souffle est coupé, net. Je regarde hébétée la plaie béante, la douleur n'est même pas violente... elle est plutôt diffuse et sourde. Incapable de réagir, j'encaisse. Il faudrait crier, hurler, me défendre, attraper moi-même au vol des mots-couteaux mais, j'étouffe, je n'ai pas la force de répliquer. La phrase m'a touchée, à mort peut-être, mais, je jette mes dernières forces dans la comédie de celle qui s'en fout, qui n'est pas blessée, à peine frôlée... la lame a ricoché et le coup n'a pas porté ! Et pendant ce temps, l'assassin s'en va. Délit de fuite. Il n'a même pas pris conscience du meurtre qu'il vient de commettre. Pas de sang, pas de cris, pas de douleur apparente, il s'en va le coeur et l'esprit léger, en paix avec lui-même. Sa phrase tueuse mais tellement banale, il l'a déjà oubliée. Il la range dans un tiroir pour la prochaine fois comme on range ses couteaux une fois qu'on a fini de découper le carré de viande pour le repas du soir. Et moi, je reste là, encore engourdie, presque plus en vie... Combien de coups puis-je encaisser ? Combien de mots banals et anodins me transperceront au point de me couper le souffle encore une fois...

Publié dans Coups de folie

Commenter cet article

nane528 04/11/2007 09:49

Les mots peuvent être assassins comme tu le décris si bien, surtout quand on est sensible. Mais lève la tête, utilise toi aussi les mots pour laver les maux, et non pour affaiblir autrui. CourageAnne