Question de confiance...

Publié le par Béatrice

Faire confiance, avoir confiance, être quelqu'un de confiance, être digne de confiance... de bien jolis mots mais comme tous les mots, que cachent-ils ? "Je te fais confiance." est une expression plus ou moins ambiguë déjà, non ? Au sens premier, cela signifie qu'on accorde sa confiance à quelqu'un que l'on en estime digne. Mais n'oublions pas que c'est aussi ce qu'on dit lorsqu'on attend quelque chose de quelqu'un : "Je te fais confiance pour garder ce secret, pour être à l'heure, pour penser à..." et là, c'est une façon de dire "J'espère que tu garderas ce secret, que tu seras à l'heure, que tu penseras à..." donc, c'est une forme de méfiance finalement. C'est une façon polie de dire qu'on n'a pas une entière confiance, une façon diplomate de douter de quelqu'un. 

Qu'est-ce que la confiance ? C'est selon le Robert une "
Espérance ferme, assurance de celui, celle qui se fie à qqn ou à qqch". Qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné on va faire confiance ? Quel est ce mystérieux mécanisme qui fait, en quelque sorte, tomber certaines barrières ?

Existe-t-il une confiance a priori ? Non, je n'y crois pas. Cela signifierait qu'on accorde du crédit à tout le monde, sans rien savoir, sans aucune preuve de sa bonne foi... la "confiance" étymologiquement vient de la foi. Alors, certes, la foi en Dieu si on l'a, on ne cherche pas de preuves. Extrapolons à l'homme, représentant de Dieu sur terre, et effectivement nous ferons confiance à tout être humain, simplement comme ça. Or, l'expérience nous prouve dès notre plus jeune âge qu'il faut, quelquefois, se méfier des humains. 

Quelqu'un qui ferait réellement confiance a priori serait comme un petit enfant qui va vers le premier venu et lui raconte toute sa vie, qui lui confie un peu ou beaucoup de lui simplement comme ça, parce qu'il fait confiance. Cependant, on apprend très vite qu'il ne faut pas tout dire, qu'il ne faut pas trop donner de soi aux autres. Je me souviens que lorsque j'étais enfant, j'avais un peu cette tendance à tout raconter, à expliquer les choses aux gens que je fréquentais, souvent des gens de ma famille, à commencer par mon propre père. Or, plusieurs fois ce que je racontais tournait au psychodrame... mon père se fâchait contre moi ou ma mère, il n'avait pas compris exactement ce que j'expliquais et ça prenait des proportions monstrueuses. Donc, très vite ma mère m'a expliqué : "Il ne faut pas tout lui dire, on ne peut pas lui faire confiance, on ne sait pas ce qu'il va penser." Et très vite, cette phrase m'a été répétée pour ma grand-mère,  ma cousine ou des voisins, des camarades d'école, des profs... la liste serait longue. "On ne peut pas lui faire confiance." et pourtant, c'est quelqu'un de proche, non ? C'est quelqu'un que j'aime bien, non ? Effectivement, ce que je lui dis provoque des choses que je ne souhaite pas... J'en viens dons à me méfier de ses réactions, bref, je ne lui fais plus confiance.  

A partir de là, puisque la confiance ne peut pas exister a priori, même avec quelqu'un dont on est proche, comment pourrait-elle exister avec quelqu'un qu'on découvre ? On ne peut pas lui faire confiance dès le départ. On lui accorde le bénéfice du doute, c'est tout... on n'a rien contre lui donc, on ne s'en méfie pas mais on n'a rien non plus qui nous prouve qu'on peut se fier à lui donc on conserve dans un petit coin cette idée : "On ne sait jamais"... Et c'est vrai. Comment savoir à qui on a affaire ? Qui n'a jamais eu le moindre petit doute sur quelqu'un ?Parmi les adultes, j'ai rarement vu quelqu'un se fier complètement et aveuglément à un autre sans le connaître bien, voire très bien... sans l'avoir, en quelque sorte mis à l'épreuve, même inconsciemment.

Et c'est ainsi que la confiance se gagne. Petit à petit. A quelle vitesse ? Tout dépend des personnalités et parfois, à certains moments de notre vie, on a tellement envie de faire confiance qu'on en oublie les doutes. Parfois, on a raison, parfois ce n'est pas le cas et on le regrette. C'est effectivement les gens qui nous rendent méfiants les uns vis à vis des autres. Alors, bien sûr, il n'est pas juste de se méfier de tout et de tout le monde juste à cause de certaines personnes mais comment savoir ? L'internet ne nous aide pas d'ailleurs car c'est le monde de l'illusion, un monde ou chacun peut devenir un autre à volonté... On ne sait jamais qui se cache derrière un écran alors, la confiance en prend encore un sacré coup... Il faut, à partir de là, se laisser guider par son instinct, lui faire confiance à lui avant tout et puis observer, encore et toujours, avec, si possible, un oeil dépassionné.



Publié dans Lettres d' être

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:0055: Maître Po 11/12/2007 09:27

Ben dis donc, tu t'en poses des questions ;-)Tu dis que la confiance s'acquiert, et que c'est un travail de longue haleine, mais il en est de même de la défiance, sauf que c'est souvent plus rapide. Car on peut très bien accorder sa confiance a priori. Et cela ne signifie pas que l'on raconte tout à tout le monde. Et puis, il y a trente six façons de faire confiance. Il y a des personnes auxquelles je fais confiance pour leurs sentiments mais pas pour conduire, par exemple. Un chauffeur de taxi, ce sera plutôt le contraire ;-)

Béatrice 11/12/2007 19:14

C'est vrai que je me pose trop de questions... et encore, là, tu ne les vois pas toutes !

jacques 10/12/2007 00:12

Excellente analyse de la confiance..En ce qui me concerne, je ne me laisse pas guider par mon instinct mais je lui fais confiance...