Les papas

Publié le par Béatrice

De plus en plus, je vois sur les blogs et dans la vie... j'aurais dû commencer par la vie réelle peut-être ?Enfin bref, peu importe... là n'est pas le sujet... donc, je disais que de plus en plus, je vois des hommes, des papas, qui s'occupent de leurs enfants, qui démontrent à leurs enfants qu'ils les aiment, qui parlent d'eux avec de l'émotion et de l'amour dans leurs propos Ils s'émerveillent de ce que font leurs enfants, ils le racontent, accordent de l'importance au petit être à qui ils ont donné la vie. Il m'arrive aussi, d'ailleurs, de plus en plus souvent, de recevoir des pères au collège lors des réunions parents/profs, des pères attentionnés qui ont l'air d'avoir une relation vraiment privilégiée avec leur enfant. 

Chaque fois que j'assiste à ce genre de scène, ça me touche parce que dans mes souvenirs, un père c'était pas ça... enfin, le mien n'était pas comme ça. Il ne faisait que passer dans ma vie, sans jamais s'y arrêter. Me connaissait-il ? Je ne crois pas... Il avait quelques vagues idées concernant les enfants et savait par exemple qu'il vaut mieux leur donner la main pour traverser la rue, qu'il faut leur mettre un manteau et une écharpe s'il fait froid. Mais ça s'arrêtait là. Nous nous croisions tous les jours, sans plus. C'était "le monsieur qui occupe l'une des chambres de la maison". Chaque soir il rentrait de "dehors", un "dehors" qui n'appartenait qu'à lui et auquel je me sentais étrangère. Quand il rentrait, il râlait, criait, mangeait et allait dormir. Le matin, plus calme, on pouvait l'approcher mais pour lui dire quoi ? Le samedi et le dimanche, il sortait encore mais cette fois, il n'allait pas travailler alors que faisait-il toutes ces longues heures durant lesquelles on ne le voyait pas ? Ma mère me disait simplement "Quand il rentrera, tu seras sage, hein."A peine rentré, même scénario que dans la semaine sauf que là, il ne râlait pas après son travail mais après d'autres choses... Y'avait des sujets à ne pas aborder... mais la difficulté c'était que ça changeait tout le temps...alors, difficile de ne jamais mettre les pieds dans le plat.

Je me souviens que, pourtant, tous les soirs, je me postais à la fenêtre et j'attendais de voir sa voiture se pointer au bout de la rue. Il allait rentrer. La maisonnée serait au complet (je crois que c'est ça qui m'importait) mais l'ambiance allait changer aussi... Il y aurait des choses à ne pas dire, à ne pas faire. Il y aurait surtout des colères incompréhensibles, des portes qui claquent, des reproches qui fusent... y compris cette phrase que j'ai souvent entendue "Pourquoi elle est encore malade ?"... en parlant de moi. Je n'avais pas l'impression que ma mère pouvait répondre à cette question et pourtant, il la lui posait... 

Il aurait pu être quelqu'un de bien, je pense... s'il l'avait voulu. Il aurait pu être de ces pères attentifs et compréhensifs aussi. On aurait pu se recontrer et se connaître... on aurait pu s'aimer même. Ca ne s'est pas passé comme ça, dommage. Alors, aujourd'hui, quand je vois des vrais papas, je me dis "Pourquoi pas moi ?"... Le mien, je ne l'ai jamais appelé "papa" et même encore aujourd'hui, ça reste "mon père" comme je dirais "mon voisin". Alors, voir des papas, ça me fait tout drôle ; c'est pas de la jalousie, pas non plus vraiment des regrets. C'est plutôt une tristesse étrange, celle de n'avoir pas connu ou en tout cas ressenti l'amour d'un père.

Publié dans Lettres d' être

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fred-potines 16/12/2007 12:19

Je te lis déjà depuis un petit moment Béa, et pourtant j'ai été surprise...L'émotion avec laquelle tu as écrit sur ton Père est magnifique... sentiment de te connaitre un peu mieux... Dans un autre de tes articles tu évoquais les poêmes que tu avais cessé de créer... surement dommage pour nous...bise à toi

agnès 15/12/2007 22:41

c'est fou ça... y'a un fil invisible entre nous... c'est un sujet analogue chez toi et moi mais pas avec la même histoire, avec en tout cas le même ressenti...difficile de commenter beaucoup, tu le sais un peu maintenant, en tout cas on se comprend d'autant mieux. Gros bisous

Sérénité 15/12/2007 20:16

Chère Béa, je ne dirai que ceci... si tu savais à quel point je comprends « ton » message au travers cet article. Moi j'ai ressenti cela envers mon père mais surtout ma mère... alors comme toi ce n'est pas maman ni papa... en fait presque des étrangers. Et c'est ce qui est le plus difficile à penser et à admettre. Merci pour cet article... bises à toi.

:0055: Maître Po 15/12/2007 19:24

Béatrice, je ne sais pas si ta mère travaillait ou non, mais autrefois, un père avait une vraie charge de famille quand la mère ne travaillait pas. Aujourd'hui, cette responsabilité est généralement partagée entre les deux parents. En plus, avec l'émergence des familles mono-parentales, les hommes ont plus envie d'être papas, puisqu'ils sont déchargés de leur rôle de mari et se rapprochent alors de leurs enfants. Bon, d'un autre côté, je suis pas psy, moi ;-)Cela dit, c'est normal que tu aies un petit pincement au coeur...

jean-Marc 15/12/2007 18:16

Ce qui est important dans une vie de papa , c'est de ne pas avoir ce regret de ne pas voir grandir ses enfants et de s'en occuper.Une vie d'homme c'est aussi une vie de papa , et c'est le reflet de soi même dans les yeux de nos enfants.Ca aide à grandir d'être papa.Merci de nous avoir fait partager ce moment de ta vie.C'est beau de se livrer ainsi.A bientôt j'espère