Perdue...

Publié le par Béatrice

Je n'ai pas eu d'adolescence. Pas de crise d'ado. Pas d'amourettes. Pas de flirts. Pas de soirées en discothèque. Pas de potes désabusés  à retrouver sur les marches de la mairie. Personne pour m'entraîner à fumer ma première clope ou à prendre ma première cuite. Rien. Jamais de conneries. C'était pas la même époque que maintenant mais quand même. Les autres de mon âge menaient une vie plus "normale" pour des ados. Avais-je conscience de cette particularité ?Certainement. J'en avais fait une fierté, en quelque sorte. On place sa fierté où l'on peut, il paraît donc, la mienne était dans mon comportement "modèle". Sauf que je n'avais pas le choix. J'aurais pu faire ma crise avec mes parents, ça oui. Mais tout le reste, non. Je ne le pouvais pas. J'ai connu une première "amitié" vers 17 ans. Avant, personne. Ou alors, quelques heures... juste le temps de rentrer à la maison et de dire que je m'étais fait une copine.

Plus tard, à la fac, lorsque tout le monde se met à songer à une vie à deux, je me plaisais à dire que ce n'était pas pour moi... avec le secret espoir qu'un jour ça le soit. J'avais 20 ans et, comme on dit, toute la vie devant moi. Je jouais les désabusées qui s'en fout d'être seule, qui de toute façon trouvait que c'était mieux ainsi. Mais, au fond de moi, je me disais qu'un jour ou l'autre moi aussi je tomberais amoureuse et qu'alors je vivrais comme tout le monde.

J'ai près de 40 ans. Je n'ai jamais vécu avec quelqu'un. J'ai aimé sans être aimée en retour. Les gens s'étonnent qu'à mon âge je sois seule... ou plutôt ils s'étonnent que j'ai toujours été seule. Si au moins, je pouvais dire que je suis divorcée. Si au moins j'avais un enfant comme beaucoup de femmes de mon âge, ça voudrait dire que j'ai vécu quelque chose. Ce serait dans la norme. A mon âge, si on est seule c'est peut-être qu'on préfère le rester afin de multiplier les aventures d'un soir ou d'une semaine... mais moi, même pas. Là encore rien. J'ai près de 40 ans et je n'ai jamais vécu. Ça se résume à ça, tout simplement.

Comme lorsque j'avais 20 ans, on me dira sans doute que tout est encore possible, que je suis encore jeune, qu'il ne tient qu'à moi de faire l'effort, de me bouger, de me secouer pour obtenir ce que je veux. Mais, depuis près de 20 ans, rien ne s'est passé... Pourquoi ça changerait ? Moi seule peux faire en sorte que ça change et je ne vois pas comment. Je n'ai jamais vu comment. Je me suis toujours sentie différente. A moins qu'on ne m'ait tellement fait sentir que je l'étais... Il y a un moment où j'ai perdu pied, où je suis allée trop loin de moi, de mes envies, de mes désirs, de mon coeur et de mon corps. Je me suis paumée quelque part entre ce que j'étais, ce que j'aurais voulu être et ce que je pensais que les autres voulaient que je sois.

Je suis perdue et j'ai l'impression de ne pas faire partie du monde, pas réellement... de rester à l'écart, spectatrice désabusée de quelque chose qui ne sera jamais pour moi. Un peu désespérée aussi à l'idée que peut-être dans 20 ans j'en serai encore là...


 

Publié dans Lettres d' être

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Méli-Mélo 09/05/2008 00:03

Ne pas être adaptée au monde qui t'entoure est plutôt très positif! Cela fait de toi un être d'exception! Loin de la cohorte... Tu dis ne pas avoir vécu mais tu te fondes sur des valeurs qui visiblement ne sont pas les tiennes pour affirmer cela, disons alors que tu n'as peut-être pas vécu aux yeux des gens "bien comme il faut". Je connais le poids des préjugés et je sais à quel point c'est dur parfois de s'en détacher parce qu'on a tous besoin de reconnaissance. Mais dans ces moments là il faut se rappeler ce qui nous fait vibrer, nous personnellement et l'on réalise ensuite que finalement nous ne sommes pas si loin de nos idéaux...C'est dur d'être atypique, mais il faut bien te dire que finalement le regard des autres révèle plus une jalousie qu'autre chose, parce que toi tu es libre et qu'eux ne le sont probablement pas... Tu dis ne pas faire partie du monde alors qu'avec le métier que tu exerces tu es AU COEUR de la vie... Et je suis sûre que tu le sais...Je pense qu'il faut juste que tu cesses de te préoccuper du regard des autres pour trouver la sérinité. Je suis très heureuse que tu sois passée sur mon blog car les pages que je lis ici sont belles...

kaliuccia 22/04/2008 09:48

Tu vis le mal du siècle, et c'est très bien d'en parler moi je trouve. Au moins aujourd'hui, tu jettes un regard sur ce que tu as fait (ou pas) ces dernières années, et je vais te dire, il n'y a pas beaucoup de personnes qui sont capables de faire cette mise au point. Donc ça, c'est tout pour toi, ça veut dire que quelque part (même si tu n'es pas encore consciente de la chose) tu as décidé de changer la donne.Je n'ai aucun souvenir d'enfance, de délires fait avec des amis parce que nous déménagions souvent. Alors le voyage forme la jeunesse ok, j'ai aimé ça, mais en même temps, je n'ai aucune racine.J'ai découvert l'amitié à presque 40 ans ! bon ok, j'ai eu des ami(e)s par ci par là, mais la vie nous a éloigné(e)s et puis de tout façon j'étais trop chiante pour être aimable. Je me suis lamentablement plantée dans mes relations amoureuses, et si j'avais su j'aurais préféré rester nonne jusqu'à ce que je rencontre Rahan.Je suis toujours aussi chiante ;-) mais mais mais, je me soigne et aujourd'hui, je sais que je peux compter sur certaines personnes ... c'est le net qui m'a beaucoup apporté qui m'a aidée à m'ouvrir aux autres.Comme quoi, il n'y a pas d'âge pour vivre quelque chose de fort. Ton histoire est un peu la notre, à différents degrés, tu analyse sans te lamenter sur ton sort, et ce n'est pas donné à tout le monde. Je dis bravo.Et en même temps, ça nous donne envie de te prendre par l'épaule, et d'aller boire un petit café (ou thé) avec toi, pour commencer.

Béatrice 22/04/2008 10:36


C'est marrant comment un article peut être interprété. Moi, j'avais au contraire l'impression de me lamenter sur mon sort, d'être un peu trop "larmoyante". Merci pour
ton message, ça me rassure un peu.


silv1 21/04/2008 14:15

Rien n'est immuable, la vraie question est : es tu heureuse ???

Béatrice 21/04/2008 14:26


Bonne question... en regardant bien, je devrais.


chapi 21/04/2008 10:45

au risque de paraître bizarre, je dis juste qu'il n'y a pas qu'une façon d'être heureux. Il ne suffit pas d'être en couple, il ne suffit pas d'avoir des enfants. Il ne suffit pas de faire de beaux voyages, il ne suffit pas d'avoir un boulot stable. Pour être heureux il faut juste que ce qu'on vit cotrresponde à l'idéal qu'on se fixe, en étant pas trop exigeant. Ma soeur voyage énormément, sa vie c'est surtout ses amis, elle fait de l'humanitaire et on se demande de quoi elle vit... à presque 30 ans ça paraît drôle à la plupart des gens, cette instabilité sentimentale et professionnelle qui l'a toujours caractérisée, mais elle est heureuse. Je connais un jeune homme qui aime... les hommes, choses extrêmement difficile à admettre pour l'entourage de ces deux personnes... mais avec le temps on se rend compte qu'ils vivent "comme tout le monde" avec les mêmes joies et peines, les mêmes rêves et les mêmes doutes, et surtout ils sont heureux...Alors je crois qu'il n'y a pas de "moule" du bonheur. Il n'y a pas de norme. Tu sais dans la fameuse "norme" on a 25-30 ans, on commence sa carrière, on se marie, on met des enfants au monde. On se rassure parce qu'on construit une famille, image d'une vie "normale" parfaite et sereine. Un jour tu ne sais pas pourquoi, tout ça perd tout son sens... et là je te jure que tu t'en fous de la norme. Seulement c'est un peu tard pour y réfléchir. Il reste à profiter de ce qui est, qui n'est pas si mal. Je dirais juste en conclusion, que tu es parfaitement "normale", au moins tu ne te jètes pas dans les stéréotypes, tu es toi-même, et le jour où tu vas construire quelque chose, c'est que ça te correspondra véritablement. Tu ne seras ni la première ni la dernière à attendre la quarantaine pour être sûre de toi et de tes choix. Gardes confiance en toi Béa. J'espère que je ne t'ai pas trop saoulée avec ce bla-bla, en tout cas je sens à travers tes articles que tu traverses une période de doutes, faut pas te regarder avec des lunettes noires, tu fais de très belles choses et tu as une vraie valeur; ce n'est pas parce qu'on a changé de mode de contact que j'ai changé d'avis à ton sujet, au contraire. Je te lis fidèlement et j'aime bien quand tu vas bien ! bisous

Béatrice 21/04/2008 11:30


Tout d'abord, merci d'avoir pris le temps de répondre aussi longuement. Ensuite, oui, je sais que tu as raison et que, finalement, les stéréotypes ce n'est pas pour
moi, d'ailleurs j'ai horreur de ça. Ce sont les réactions des gens qui provoquent parfois ce genre de remise en question. Et puis, quelques problèmes qu'il faudra résoudre un jour ou l'autre entre
moi et moi... mais là encore, je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas.


Pensée 19/04/2008 16:37

Bon samedi Béatrice, voilà que je commence ma petite tournée (ici 10h30 am)et c'est le premier article par lequel je commence... et il me trouble. Ca me fait quelque chose car il y a un moment où je me retrouve dans cela et bizarrement, ce n'est pas côté ami(e)s ou relations mais bien côté famille. Tu vois, ton article a réussi à me mettre ce petit côté nostalgique parce que moi c'était à l'intérieur de la famille que je n'ai rien eu, de petits mots doux, de petites chansons ou histoires au coucher le soir par ma mère, des mots je t'aime JAMAIS durant mon enfance et mon adolescence... que des coups, que de la violence dans les mots et les gestes. Des ami(e)s oui j'en ai eu, mais j'étais tellement malheureuse à l'intérieur à cause de tout ce qui se passait chez moi et surtout la peur que j'avais de ma mère que je me suis toujours sentie seule moi aussi, à cause de cela. Donc, cela a été très lourd et tellement une période longue et difficile et triste qu'aujourd'hui je me demande. Les amis ou la famille qu'est-ce qui est le plus important? qu'est-ce que l'on a le plus de besoin? et finalement pour me rendre compte après ton mot ici que l'on trouve quelque part, soit en chacun de nous, soit une maman, soit un ami, pour avoir ces moments de bien-être.. et que l'on soit seul, à deux, ou en famille. Cela ne change rien, on peut être et se sentir seul même entouré de bien des gens (comme ma famille) mais si ces gens ne nous apportent que souffrance alors on est seul en bout de ligne. Je suis entourée de beaucoup d'ami(e)s, même parfois je demande à être seule, c'est dans ma nature et mon besoin fondamental, et on me respecte sur cela. Mais comme je me sens seule de ne pas avoir de famille, ne serait-ce qu'un père ou une mère...Je t'embrasse bien fort Béa.. ouf, ma tournée commence plutôt « raide » je t'avoue. Alors soit que je suis très fatiguée car ton article et tes propos sont venus me chercher et j'ai eu quelques larmes aussi. Je te comprends Béa...XX

Béatrice 19/04/2008 17:01


Je te comprends Pensée. La famille, pour moi, se limite à une personne... qui m'est très chère...