Vous avez dit "vocation" ?

Publié le par Béatrice

C'est les vacances... Enfin, il reste une semaine de vacances. Les derniers jours de cours, je n'en pouvais plus. Même pas à cause des élèves. Non. Juste moi. Faire cours comme il le faudrait désormais, je n'y arrive pas. Enfin, je sais pas trop comment il faut faire pour bien faire pour être exacte. Et si finalement je n'étais vraiment pas faite pour ce job, comme je le pensais au départ ?

 

Comme j'avais fait des études de lettres, je me suis retrouvée coincée et "obligée" de devenir prof... En même temps, l'idée d'enseigner ne me déplaisait pas. Ce qui m'inquiétait, c'était les élèves. Je me disais que je ne serais jamais capable de faire face à une classe. Les deux premières années ont été très difficiles... au point d'hésiter chaque soir entre le suicide et la démission... Le constat d'échec de ma vie professionnelle s'ajoutait à celui de ma vie privée et c'en était trop... avec, en prime, l'exil à Alençon... ville que je détestais... trop loin de chez moi, je suppose.

 

Et puis, j'ai décidé de me reprendre et de ne plus me laisser aller à ce point, de remonter en selle et de réussir à gérer mes classes. A partir de là, enseigner est devenu plutôt agréable, à part quelques années difficiles mais ça, on en a tous. J'ai d'assez bons rapports avec les élèves et, je crois que je les aime bien dans le fond... et réciproquement... enfin, je ne me fais pas d'illusions non plus, ils m'aiment bien comme des élèves aiment un prof, évidemment.Depuis deux ans, j'avais pris vraiment goût au métier : des classes sympa, des cours pas trop mal maîtrisés, quelques résultats encourageants, quelques commentaires rassurants des parents aussi... Je commençais à me dire (après 13 ans) que je n'étais peut-être pas trop nulle.

 

Mais là, tout change... On nous demande de ne plus faire comme avant sans vraiment nous dire quoi faire... Comme d'hab', on nous lâche dans la nature sans rien pour se débrouiller. C'est une habitude à prendre... sauf que des fois, j'aimerais être un peu plus "guidée", "aidée"... Et puis, quand on pensait bien faire et que finalement on s'aperçoit que ce n'est pas si bien que ça... surtout quand on n'est pas du tout convaincu du bien fondé du changement, c'est pas simple...

 

Alors bon, va falloir reprendre, faire ce qui est à faire le mieux possible au risque que ce ne soit pas encore bien... faire semblant que tout va bien et que, bien sûr, les nouveaux programmes sont géniaux... que ceux qu'on nous a tant vantés il y a 15 ans c'est de la merde... On ne nous expliquera pas pourquoi ce qui était génial il y a 15 ans est devenu nul... De même qu'on ne nous dira pas que ce qu'on nous demande d'appliquer aujourd'hui sera obsolette dans 10 ans, voire moins. Et on mettra en pratique, tant bien que mal... sans rien dire parce qu'on finit toujours par obtempérer...

 

Et personne ne saura ce qui se passe dans la tête de ces pauvres clowns désemparés que deviennent certains profs à force de tout subir sans jamais broncher...

Publié dans Carnet de prof

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Armide+Pistol 08/03/2011 18:26



Le grand malheur est que ceux qui érigent des lois pour marquer leur passage et justifier leurs émoluments n'ont jamais mis un pied dans une classe. Enfant, ils étaient parfois de piètres élèves
avant d'être parachutés à l'Education Nationale (je ne citerai personne...)


Et quand nos ministres, érigeurs de lois, jouent  à la chaise musicale...


Voilà le résultat.



Armelle Manac'h 07/03/2011 16:59



Béatrice , moi non plus je n'apprécie pas le procédé , c'est une mise sous tutelle , comme si j'étais incapable par moi-même de changer mes pratiques , je suis considérée comme nulle et
heureusement que G. est sympa , sinon , je ne sais pas ce que ça aurait donné ... Les heures où je vais à Lesneven et la nouvelle façon de préparer mes cours alourdissent ma charge de travail ,
ce qui m'a fait craquer car je supportais déjà mal le fait d'être passée de trois classes à quatre classes , notamment des 5èmes difficiles à gérer .



Béatrice 07/03/2011 17:10



Je ne suis pas à l'aise dans la nouvelle façon de préparer les cours non plus... d'après ce que tu m'en as montré mais le pire c'est que je ne suis plus à l'aise pour faire cours avec cette
méthode ! Ce n'est pas de l'anti-nouveauté primaire, c'est plutôt la question : "jusqu'à quand cette nouvelle lubie tiendra-t-elle ? " et n'aurons-nous pas modifié nos pratiques pour rien ?



Armelle Manac'h 07/03/2011 12:20



Ce qui me décourage aussi , c'est que L. , S. et toi n'avez pas trouvé grâce non plus aux yeux de notre chère inspectrice , alors que je vous considérais comme meilleures profs que moi , c'est à
croire qu'elle n'est venue que dans l'optique de nous démolir :( ... Ces gens-là oublient-ils qu'ils travaillent sur de l'humain tout simplement ?



Béatrice 07/03/2011 15:09



Je ne me suis jamais considérée comme une bonne prof mais à chacune de mes inspections, on me disait quand même des choses plutôt positives qui finissaient par me laisser penser que je ne devais
pas être si nulle que ça... Cette fois-ci, je replonge à nouveau dans cette idée... Je n'ai plus envie de rien et pendant chacun de mes cours, je me dis que ce que je fais, le mieux possible
pourtant, est inutile ou minable...


L'humain, oui, je crois qu'il est oublié... De la même façon que sous couvert de faire le bien des gamins alors qu'ils n'en ont rien à faire (il n'y a qu'à regarder le nombre d'émèves malheureux
au collège qui s'éclate ensuite dans leur métier "manuel" qu'on les a empêchés de faire au plus vite), on n'en a encore moins à faire de nous, les profs... La preuve ? On n'a même pas de médecine
du travail... ça en dit long sur l'intérêt qu'on porte à notre santé, non ?



Armelle Manac'h 07/03/2011 12:11



Ne m'en parle pas , je cauchemarde à l'idée de reprendre la semaine prochaine :( ... Ce qui me bloque , ce sont les 5ème E et aussi le fait de savoir que je vais être réinspectée , je le prends
très mal , comme une sanction ... J'ai réussi pendant la semaine d'arrêt et la première semaine de vacances à rétablir un semblant d'équilibre , l'angoisse s'éloignait , le goût de vivre revenait
, mais je sens que ça va s'effriter à nouveau cette semaine , au fur et à mesure que la reprise se rapproche . J'ai déjà tendance à avoir une piètre confiance en moi depuis toujours et voilà
qu'on en rajoute pour m'enfoncer . Je suis sous surveillance , par la chef et par notre chère inspectrice à laquelle Gaelle , ma conseillère , doit rendre des comptes sur notre collaboration ,
elle me l'a avoué . Dur dur ...



Béatrice 07/03/2011 15:19



Evidemment qu'elle doit rendre des comptes... Je suis persuadée que c'est une excellente prof mais là n'est pas le souci... le principe me dérange quelque peu.



z... 07/03/2011 10:23



Ah l'éducation nationale !!


Une chose obscure, pourquoi l'éducation nationale ne prête pas plus attention aux ressentis des professeurs ? Au lieu de cela, de l'extérieur (i.e. je n'y travaille pas), elle fait penser à une
grosse machine sans âme dirigée par quelques technocrates rigides qui n'ont jamais mis les pieds dans une salle de classe.



Béatrice 07/03/2011 15:10



C'est exactement ça... sans compter tous ceux qui ont réussi à obtenir de hautes fonctions parce qu'ils étaient incapables de gérer une classe... mais qui, par la suite, se permettent de juger et
de critiquer le travail des autres. Je n'en ai pas rencontré personnellement encore (heureusement) mais je sais que ça existe...