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Carnet de prof

Jeudi 5 novembre 2009
Depuis hier, les cours ont repris. Oui, on reprenait un jour plus tôt de façon à avoir le droit de faire le pont de l'Ascension en mai. C'est vrai que sur le moment, c'est un peu difficile de reprendre un jour plus tôt mais... on sera bien contents d'avoir ce fichu pont qui nous est passé sous le nez les deux dernières années, je crois...

J'avais tellement déconnecté pendant les vacances que certains prénoms ont eu du mal à revenir spontanément... j'ai confondu Justine avec Juliette ou vice-versa... ensuite, j'ai eu de très gros doutes sur deux ou trois autres à qui je ne l'ai pas montré, mais bon... Et puis, difficile de me souvenir de mon emploi du temps aussi... C'est vrai que cette année, je n'arrête pas de changer de salle. J'avais demandé à en avoir une à peu près fixe à cause de mes problèmes de dos... résultat, je n'ai jamais autant voyagé de couloir en couloir. J'aurais mieux fait de me taire, je crois. En même temps, ça évite la routine et la tendance à s'encroûter qu'on peut avoir en vieillissant, hein...on va dire ça...

Et puis, j'avais râlé au sujet des travaux à Brest.... eh bien, figurez-vous qu'en arrivant au collège, on se serait cru aussi sur un champ de bataille. Il y a des engins de chantiers et de la boue un peu partout... remarquez, ça ne dépayse pas trop comme ça... Me demande s'ils se sont tous donné le mot... possible. Quand j'ai vu ces bulldozers en arrivant hier, quand j'ai vu qu'une partie de notre parking était démolie et surtout quand j'ai vu qu'il fallait faire le grand tour pour rentrer dans les bâtiments, j'avais bien envie de faire un gros caprice et de rentrer chez moi... Non, mais c'est vrai, quoi... c'est un complot ? Une malédiction ? Un signe du destin pour que je me lance dans une carrière de démolisseuse ? Hum... ne me tentez pas, je pourrais bien trouver quelques énergumènes pour me faire la main... Rooooo, je déconne.... quoique... Non, franchement, en 11 ans de carrière, je n'ai eu qu'une fois envie de gifler un élève et encore, c'est parce que depuis 10 minutes, il était en train de taper sur ses voisins avec sa règle souple (vlà encore une belle connerie inventée par je ne sais qui pour faire péter les plombs aux profs...)... donc, par mimétisme, ou je ne sais quoi, j'ai eu, l'espace d'un instant, l'envie soudaine de lui faire la même chose avec sa propre règle. Je me suis retenue, rassurez-vous... Je ne suis pas violente par nature... et puis, mal foutue comme je suis, je risquerais de me blesser en tapant sur quelqu'un.

Bref... c'était la rentrée et comme toutes les rentrées, elle est faite et après, on n'y pense plus...
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Mardi 13 octobre 2009
Dans la série "les élèves sont gonflés" voici l'un des exemples les plus typiques de leur "gonflage". C'est la nouvelle coupe de cheveux du prof. Vendredi, je suis passée chez la coiffeuse parce que j'avais une tête de bobtail avec une frange de playmobil... vous voyez le tableau... non, vous ne voyez pas et c'est tant mieux. Donc, vendredi, n'y tenant plus, n'arrivant plus à rien obtenir de cette tignasse rebelle, après mon vaccin contre la grippe (normale, pas la A), direction coiff-coiff... On coupe, on dégrade, on désépaissit et je sors de là avec un truc potable et coiffable, à nouveau. Le week-end se passe... j'en oublie presque cet épisode anecdotique de ma vie tumultueuse...

Lundi matin, des élèves de 5e me hèlent dans la cour : "Eh madame, vous vous êtes coupé les cheveux !!!"... A peine j'étais apparue qu'ils l'avaient noté... En classe, pareil..;"Oh vous avez une nouvelle coiffure, c'est bien..." Mais oui, c'est ça, c'est bien, et à part ça, tu as fait ton boulot, petit impertinent ?... Ben au lieu de regarder mes cheveux, tu aurais mieux fait d'ouvrir ton cahier (ou ton livre )Donc, pendant quelques secondes interminables, chacun y va de son petit commentaire sur la tête de la prof de français...

Ce matin, mardi donc, l'effet de surprise et le choc d'hier auraient dû être passés. Logiquement. Donc, j'arrive zen pour récupérer les monstres et là, y'en a une qui me lance "Oh, madame, vous avez mis du gel..." Mais, put... de bord...  de mer... de quoi je me mêle ??? A 8h30 du matin, je suis de mauvaise humeur, je suis crevée, j'ai pas fini ma nuit et l'autre elle vient me parler du gel que j'ai mis dans mes cheveux ! Est-ce que je te demande si tu as changé de déodorant ce matin, moi ? Ou bien la marque de ton dentifrice ??? DE QUOI JE ME MELE ??? Les profs ne sont quand même pas des stars dont les fans ont envie de connaître le moindre détail sordide, si? Parce que ça voudrait dire que nos élèves dont fans de nous !!! Arghhhh !!!

Ah pour être à l'aise et pas stressés, ils sont à l'aise et pas stressés nos élèves... un peu plus et ils nous taperaient sur l'épaule aussi... ou nous feraient la bise ! Des fois, on se demande jusqu'où ils iraient. Bon, j'avoue que de mon temps aussi on commentait la nouvelle coiffure ou les nouvelles fringues des profs mais on le faisait entre nous, pas en le hurlant sur tous les toits... Je sais que pendant une heure, ils ont le temps de nous mater surtout qu'ils ne sont pas épuisés à bosser... mais quand même, de là à tout épier, jusqu'au gel qu'on peut se mettre ou pas, faut le faire! Peut-être que si on se faisait tatouer les règles de grammaire sur le front, ils apprendraient à écrire à force de nous scruter comme ça...
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Vendredi 9 octobre 2009
Vous le croirez si vous voulez mais la même histoire que l'autre fois m'est arrivée avec la confusion entre cahier et livre ! Et dans la même classe ! Pas la même élève...une autre... Pareil, il me dit "Madâaaaaame, j'ai oublié mon cahier." Comme hier ils avaient fait un travail qu'ils devaient lire aujourd'hui, je lui dis que c'est très embêtant, qu'elle ne pourra donc pas passer au tableau et être notée. Et puis, hop, on passe aux lectures des autres élèves... J'oublie cette histoire de cahier... Sauf qu'à un moment la demoiselle lève le doigt... Bon, comme elle a toujours un poil de travers, j'attends un peu avant de l'entendre gémir... puis, voyant qu'elle persiste avec son bras levé, je lui demande ce qui ne va pas... encore... Elle me répond "Ben, c'est pour passer au tableau."... Là, moi, interloquée:

- Mais, tu as refait ta rédaction ?
- Ben non...
- Ben alors ?
- Non mais c'est pour passer la lire...
-... Mais, tu n'avais pas oublié ton texte ?
- Ben non, j'ai oublié mon cahier seulement.
- Ah ok, et tu avais fait ton devoir sur une feuille alors...
- Non, dans mon livre ! C'est mon cahier que j'ai oublié !

Et là, elle me montre son cahier ! J'en reviens pas ! Je le crois pas ! C'est pas possible ! C'est cette classe ma parole ! Rien que cette classe ! Incroyable mais vrai ! Faut que je sache si les deux gamines viennent de la même école primaire avec le ou la même instit parce qu'autrement, va falloir m'expliquer si c'est génétique, si c'est dans l'air, genre un truc qui passait dans le ciel juste au moment de leur naissance à ces deux-là (et encore, y'en a peut-être plus que deux, maintenant, je me demande)... Au secouuuurrrssss !!!
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Mercredi 23 septembre 2009
Voici un article que j'ai vu sur un forum.

Thomas Gunzig Ecrivain

J’ai toujours bien aimé les vaches. Des grosses bêtes avec des regards doux et tristes. J’ai toujours aimé, au détour d’une balade, croiser leurs grands yeux mouillés. Je crois que, parfois, je me reconnais un peu en elles, coincées derrière un barbelé, les papattes dans la boue et l’herbe humide, à regarder passer la vie sans rien y comprendre. A attendre une fin qui chaque jour est un peu plus proche.

Une vache, c’est incroyable comme ça se laisse faire : on lui dit de sortir et elle sort, on lui dit de rentrer et elle rentre, on lui dit de ne plus bouger et elle ne bouge plus et elle donne son lait, comme ça, sans faire d’histoires, sans rien connaître à l’économie, sans rien connaître à la Politique agricole commune, sans rien connaître à l’Europe et sans savoir que le désespoir de celui qui la trait, le poussera à le répandre par hectolitres sur le bitume d’une autoroute. Pourtant, il m’arrive souvent de penser qu’une vache, c’est vachement plus fort qu’un homme. Une vache, ça doit bien peser dans les 600-700 kilos, sans compter le lait et parfois, il m’arrive de me dire que si toutes les vaches du monde avaient soudain envie de manger de la viande, que si toutes les vaches du monde décidaient de ne plus partager, qu’elles se disaient que leur lait, c’est pour leur petit veau… Même dans les bureaux cossus et inaccessibles des commissaires européens, on aurait du souci à se faire.

Parfois, quand je vois les profs, je me dis que c’est un peu comme ces vaches que j’aime bien. Comme les vaches, ça vit dans l’inconfort de ces établissements scolaires qui se décomposent lentement, faute de moyens et surtout faute d’attention (j’ai connu des profs qui prenaient sur leur week-end pour repeindre leur classe à leurs frais). Comme les vaches, les profs c’est plutôt docile : ça rentre quand on leur dit de rentrer, ça sort quand on leur dit de sortir, ça se tient tranquille… Et puis ça donne… Pas du lait évidemment, mais du savoir… Chaque jour de chaque semaine de chaque année… Et comme le lait, ce savoir, tout doucement ça fabrique des petits adultes qui seront pompier, astronaute, acteur, musicien, vendeur de chaussettes ou bien encore ministre bien assis dans un bureau inaccessible, cossu et fraîchement repeint aux frais de la communauté.

Il m’arrive souvent de me dire que le jour où les profs en auront marre, on aura tous du souci à se faire.

Et si c’est le même jour que les vaches, nos enfants que nous aimons tant finiront maigres, déminéralisés, démoralisés et finalement assez crétins.

En un mot la fin du monde.

Et peut-être qu’alors, il faudra que dans les bureaux de ministres et les bureaux de commissaires, on commence à vraiment travailler. Mais il sera peut-être trop tard.



http://www.lesoir.be/forum/chroniques/2009-09-16/profs-vaches-argent-727706.shtml

Cet article m'a interpellée. Il a un côté "touchant". C'est vrai qu'on pense jamais aux vaches de cette façon et pourtant, ce sont de bien braves bêtes. C'est pas qu'on ne les aime pas ou qu'on les aime... elles font partie du paysage. Elles sont là. Comme les profs. Et c'est vrai qu'un prof, ça se plie pas mal à tout ce qui lui tombe dessus... On a des programmes à suivre, on les suit, persuadés que c'est comme ça qu'on fera progresser les élèves. Et puis, après, une fois qu'on est habitués aux programmes, on nous dit que finalement ils ne sont pas bons, qu'il faut les changer... Les inspecteurs nous reprochent de faire ce qu'ils encensaient deux ou trois ans avant, ce qu'ils ont eux-mêmes mis en place parfois. Et on ne dit rien. On fait de notre mieux mais ce n'est jamais bien et dès qu'on fait un pas de travers, on nous tombe dessus... y'en a même parmi nous qu'on conduit à l'abattoir, tout à fait consciemment et sans scrupules...
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